Islamabad intensifie actuellement ses efforts diplomatiques pour s'imposer comme un médiateur central dans l'escalade du conflit israélo-américain avec l'Iran. Tirant parti de ses relations stratégiques avec Washington et Téhéran, le Pakistan vise à combler un fossé apparemment insurmontable entre les deux adversaires.
Afin de préparer le terrain pour d'éventuelles négociations, des responsables pakistanais ont tenu dimanche des consultations de haut niveau avec des représentants de la Turquie, de l'Égypte et de l'Arabie saoudite. Malgré l'absence de signes immédiats de désescalade, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a exprimé son optimisme, déclarant que le Pakistan serait « honoré d'accueillir et de faciliter des discussions significatives entre les deux parties dans les jours à venir ».
La nature des prochaines discussions — qu'elles soient directes ou indirectes — reste ambiguë, Washington et Téhéran proposant des récits contradictoires. Le président américain Donald Trump a suggéré à plusieurs reprises que les négociations progressaient. Cependant, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a fermement rejeté ces affirmations lors d'une conférence de presse lundi, affirmant : « Nous n'avons mené aucune négociation directe jusqu'à présent ».
Le fossé diplomatique est encore creusé par le récent rejet par Téhéran d'une proposition de paix américaine en 15 points transmise par des médiateurs pakistanais. Les responsables iraniens ont rejeté le plan, qui exigeait l'arrêt de l'enrichissement nucléaire, le démantèlement des installations atomiques et le déblocage du détroit d'Ormuz, le qualifiant d'« exagéré, déraisonnable et irréaliste ».
En réponse, le président Trump s'est rendu sur la plateforme Truth Social pour lancer un avertissement sévère, menaçant de « détruire » l'infrastructure énergétique de l'Iran si Téhéran n'accepte pas un accord et ne rouvre pas le détroit d'Ormuz.
Pour le Pakistan, se positionner comme un intermédiaire crédible est motivé par un profond intérêt personnel. « Le conflit américano-iranien menace directement la stabilité économique du Pakistan, car il dépend des flux énergétiques et des envois de fonds du Golfe », a expliqué l'analyste pakistanais Raza Rumi. L'incapacité à contenir la crise pourrait exposer le Pakistan à de graves chocs économiques et sécuritaires, notamment des perturbations de l'approvisionnement énergétique qui stimuleraient l'inflation et exacerberaient les pressions budgétaires.
Au cours du second mandat de Trump, les relations entre les États-Unis et le Pakistan ont connu un dégel notable. À la suite d'une réunion à Washington en 2025, Trump a chaleureusement qualifié le chef de l'armée pakistanaise, le maréchal Syed Asim Munir, de « mon maréchal préféré », tout en accueillant le Premier ministre Muhammad Shehbaz Sharif. Pourtant, Islamabad doit soigneusement équilibrer ces liens améliorés avec Washington et son pacte de défense avec l'Arabie saoudite par rapport à ses liens culturels profonds et à sa frontière commune de 900 kilomètres avec l'Iran.
Les enjeux pour le Pakistan vont au-delà de l'économie. Le pays est déjà aux prises avec des tensions frontalières impliquant les talibans en Afghanistan voisin et combat des séparatistes militants dans la province du Baloutchistan, qui borde l'Iran.
« Il y a urgence. L'instabilité en Iran a un impact direct sur le Pakistan — de la sécurité du Baloutchistan à l'accès à l'énergie en passant par la stabilité intérieure », a noté Fatemeh Aman, experte des relations irano-pakistanaises anciennement au Middle East Institute et à l'Atlantic Council. Aman a souligné que le Pakistan est très motivé pour gérer le conflit afin d'éviter de graves répercussions intérieures.
Alors que la menace d'une guerre plus vaste plane sur la péninsule arabique, le partenariat de plusieurs décennies du Pakistan avec l'Arabie saoudite et sa position délicate au Moyen-Orient nécessitent une danse diplomatique prudente pour éviter d'être entraîné dans la ligne de mire directe.
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